Balade Art Déco à Cincinnati

Dans un état proche de l’Ohio, pour ne pas avoir le moral à zéro (comme Isabelle Adjani), Cincinnati incarne la ville américaine par excellence. Elle a été inventée de A à Z en partant de rien, en 1788, sans les influences multiples ayant prévalu au développement des grandes villes de la côté atlantique.

De ses grandes périodes de prospérité, elle a hérité d’un riche patrimoine architectural qui en fait une ville particulièrement intéressante à visiter. On a trop tendance à croire que la Mecque de l’Art Déco américain se trouve à Miami. En réalité, ce style, qui s’est développé dans les années 1920, est partout présent aux Etats-Unis. Le centre de Cincinnati possède une belle collection d’adresses très emblématiques qui lui ont valu de se jumeler à Nancy qui, elle, est plutôt une capitale de l’Art Nouveau, précurseur de l’Art Déco.

Quand on arrive de l’aéroport qui se trouve au Kentucky sur la rive gauche de l’Ohio, on est accueilli par la gracile silhouette du John A. Roebling Suspension Bridge, prototype en modèle réduit du Brooklyn Bridge datant de 1866. Viennent ensuite les énormes masses des deux stades, le Paul Brown Stadium, pour les Bengals et le Great American Ballpark des Reds. Ces derniers forment la première équipe de base-ball professionnelle en 1869 dont George Clooney ou Steven Spielberg sont parmi les plus ardents supporteurs.

 

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Carew Tower (West Fifth & Vine Street)

Longtemps le plus haut gratte-ciel de la ville avec ses 175 mètres, il n’a été dépassé qu’en 2010 par la Great American Tower at Queen City Square. La Carew Tower, qui n’est pas sans rappeler le Rockefeller Center de Manhattan, incarne en majesté la Queen City (of the West), le petit nom de la ville que lui avait attribué le poète Longfellow, un tantinet plus glamour que Porkopolis, due à son statut de capitale de l’élevage porcin, immigration germanique oblige…

On saute dans l’un des 23 ascenseurs en apprenant qu’à son inauguration c’était le premier building à posséder des ascenseurs automatiques. Arrivés au 45e étage, nous grimpons encore quelques marches (plutôt que d’attendre un autre ascenseur) pour atteindre le 49e.

De la plate-forme d’observation coiffant ce chef d’oeuvre achevé en 1931, on jouit d’un incroyable panorama à 360° s’étendant au-delà de la ville sur trois états, l’Ohio, le Kentucky et l’Indiana. Dire qu’à l’époque, certains avaient trouvé le projet surdimensionné compte tenu de la taille de la cité.

Juste en contrebas, on a une vue imprenable sur Fountain Square, le cœur de la cité, le Great American Ball Park et le Paul Brown Stadium avec son terrain d’entraînement encadrés par les ponts enjambant l’Ohio, le quartier de Mount Adams, le quartier le plus tendance du moment, facile à repérer avec l’église Holy Cross / Immaculata. Et le prix n’a rien à voir avec ses homologues new-yorkais… En revanche, cela ferme bien plus tôt, même le week-end, nous en serons pour nos frais, nous qui espérions une vue nocturne.

Carew Tower

 

Cincinnati Museum Center at Union Terminal, 1301 Western Avenue

À l’est de la ville, construit en 1933, le Union Terminal est sans doute le bâtiment le plus célèbre de Cincinnati. L’Association des Architectes Américains l’a inclus dans la liste des cinquante buildings les plus importants des Etats-Unis. Il faut dire que sa structure en demi-dôme avec sa façade à l’arcade caractéristique haute de dix étages ne manque pas de grandeur, à l’extérieur comme à l’intérieur, avec une profusion de mosaïques.

La gare est occupée de nos jours par le Cincinnati Museum Center qui comprend le Museum of Natural History hébergeant une colonie de chauve-souris (vivantes…), la Historical Society et le Duke Energy Children's Museum avec quatre sections très bien étudiées. Nous, c’est « The Woods » un paradis pour les enfants explorateurs qui découvriront un ensemble de cabanes et de cachettes dans un décor de forêt. Amusant, tonique et instructif, que demander de plus ?! Tout ceci n’empêche pas la gare d’être toujours en activité, même si on est loin des 216 trains par jour lors de son apogée des années 1930-1940.

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Hilton Cincinnati Netherland Plaza Hotel (1931), 35 W. Fifth Street

Actuellement sous franchise Hilton, le Netherland Plaza est un chef d’oeuvre de l’Art Déco. Inauguré en 1931, il faisait partie du premier complexe à usage multiple aux Etats-Unis. Véritable ville dans la ville, il intégrait des bureaux, un hôtel, un garage, un centre commercial et des restaurants. On reste pantois devant la magnificence, certes assez ostentatoire, du décor égyptien de son lobby surélevé d’une mezzanine et doté d’une fontaine flanquée d’hippocampes. Sa galerie des glaces avec ses lustres et ses hautes baies vitrées est une réplique de celle du château de Versailles, carrément !

L’hôtel est l’un des points de passage du système de Skywalk, passerelles piétonnières reliant une bonne partie des buildings du centre ville au niveau de leur premier étage, bien apprécié en cas d’intempéries et plus reposant que la rue bourdonnante de trafic.

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Dixie Terminal North (4th & Walnut Street)

Construit en 1921 par un cabinet d’architecte de la ville, aux moments des premiers balbutiements de l’Art Déco, le Dixie Terminal est une ancienne gare de tramways puis, à partir des années 1950, de bus qui à l’époque arrivaient directement dans l’immeuble par deux passerelles. Si l’extérieur apparaît plutôt sobre, il faut absolument pénétrer dans son passage intérieur le traversant de part en part pour admirer sa décoration, particulièrement élaborée, avec céramique et dorures ornant une voûte en demi-lune parfaite rappelant la Renaissance.

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Shillito/Lazarus Building, 675 Race Street

Bien que datant de 1877, nous ne résistons pas à l’envie de mentionner l’ancien Shillito Department Store Building, jadis le plus vaste grand magasin du pays. Sa façade fit l’objet d’un lifting Art Déco en 1938.

 

Cincinnati Bell Telephone Building, 209 W. Seventh Street

Haut seulement de quatorze étages dont douze seulement sont visibles de la rue, ce bâtiment de la compagnie de téléphone possède une amusante façade décorée de frises avec des téléphones sculptés en relief.

 

Mentionnons encore le Western Hills viaduct et de nombreux immeubles résidentiels à deux niveau issus eux aussi de la période Art Déco illustrant son omniprésence qui font de Cincinnati l’une de ses capitales incontestées.

 

© photo principale : Frank Pierson © photos article de haut en bas : n° 2 RNGAnderson, 3 Hannaford, 4 Wrightbrosfan, 5 Hilton, 6 elycefeliz