L'épopée minière de Butte

À peu près à mi-chemin des parcs nationaux de Yellowstone et de Glacier, Butte est un lieu d’étape pratique, quasiment au croisement des Interstates 15 et 90. La vieille ville perchée à 1600 mètres d’altitude, avec sa belle gueule d’atmosphère, vaut à elle seule qu’on y passe un moment. Nous ne sommes pas vraiment surpris que Wim Wenders y ait planté le décor de son improbable Don’t Come Knockin, en 2005. Nous avons regretté de n’y passer qu’une nuit, ne faites pas la même erreur…

Une histoire cousue de fil d'or

Gardée par Big Butte, une colline conique au nord-ouest qui lui donna son nom, la ville, à cheval sur le Continental Divide, la ligne de partage des eaux entre Atlantique et Pacifique, est assise sur un sous-sol farci de minerais.
Les chercheurs d’or y débarquèrent en 1864, le précieux minerai ayant été trouvé dans Silver (un comble !) Bow Creek. En 1867 la population atteignait 500 personnes, une école ouvrait en 1866 puis la poste en 1868. Mais en 1873 les filons d’or étaient déjà épuisés et il n’y avait déjà plus que 100 habitants.
Contrairement à bon nombre des ses consœurs, Butte n’allait pas mourir. Un filon d’argent découvert en 1875 permit à la ville de repartir pour un tour, un vrai cycle de montagnes russes…

La terre la plus riche du monde

En 1876, un certain Marcus Daly achète la mine d’argent Alice. Partenaire de George Hearst, le père du futur magnat de la presse William Randolph Hearst qui inspira à Orson Welles son Citizen Kane, il crée l’Anaconda en 1880.

blog-usa-montana-butte-anaconda-cooper

On venait de trouver du cuivre qui n’intéressait alors presque personne jusqu’à ce qu’Edison démontre que le cuivre était conducteur d’électricité… Bingo ! Daly allait devenir l’un des hommes les plus puissants des États-Unis, et l’Anaconda l’un des plus écrasants trusts mondiaux. L’Anaconda Copper Mining Company fut vite surnommée "The Company" bien avant que la CIA n’existe.
En 1884, on dénombre 300 mines et 4 fonderies où travaillent 5 000 ouvriers. En 1887, la région de Butte devient la première productrice de cuivre au monde et elle va le rester pendant une bonne trentaine d’années. En 1893, la ville compte aussi 212 saloons… En 1900, Butte Hill était surnommée "la terre la plus riche du monde". C’était l’une des plus grandes villes à l’Ouest du Mississippi.

Dans les rets de l'Anaconda

Cependant, tout était loin d’être rose. Quasiment un État dans l’État, l’Anaconda, qui verra arriver dans son capital la Standard Oil des Rockefeller en 1899, faisait régner la loi et l’ordre, on pourrait ajouter la terreur, à son profit, en butte (bien sûr…) à l’appétit féroce de ses concurrents comme William A. Clark ou F. Augustus Heinze dont elle se débarrassa grâce à des juges complaisants.
La ville allait connaître bien des vicissitudes avec des accidents et autres incendies provoquant des désastres terribles. Les conditions de travail suscitaient fréquemment des mouvements sociaux (la première grève remonte à 1878), allant souvent jusqu’à l’émeute, réprimés dans le sang par les sbires des "barons du cuivre" pourchassant sans pitié les "agitateurs" et autres éléments subversifs. Décrétée en 1914, la loi martiale sera appliquée jusqu’en 1921. On n’avait pas vu ça depuis la fin de la Guerre de Sécession !
Plusieurs événements allaient inspirer à Dashiell Hammett, l’un des papes du roman noir, La Moisson rouge, l’un des ses meilleurs romans. Il savait de quoi il parlait, y étant venu comme briseur de grève alors qu’il travaillait à la fameuse agence Pinkerton qui lynchait les syndicalistes sans autre forme de procès.

Grandeur et décadence de The Company

Après avoir produit 51% du cuivre et 98% du manganèse lors de l’effort de guerre en profitant de la demande due à la Guerre Mondiale, l’Anaconda allait resserrer ses anneaux sur le monde entier. On la retrouvera jusqu’au Chili, propriétaire de la plus grande mine de cuivre du monde, Chuquicamata en lisière du désert d’Atacama.
En 1955 débute le creusement du Berkeley Pit, gigantesque puits de mine à ciel ouvert éventrant la montagne sur près de 600 mètres de profondeur. On en extraira quelque 290 millions de tonnes de cuivre jusqu’à sa fermeture en 1982. Ça n’arrange pas la pollution de la région, à une époque où tous les déchets, arsenic en tête, étaient allègrement balancés dans les rivières…

blog-usa-montana-butte-berkeley_pit

Vanitas vanitatum, en 1975, les mines les plus profondes de Butte ferment. En 2000, c’est le coup de grâce, l’exploitation minière s’arrête devant le coût de l’énergie en hausse et le prix du cuivre qui chute. Les opérations reprendront mais très sporadiquement.

HAER, Library of Congress/Wikimedia Commons Donald M. Levy/Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0/Wikimedia Commons