Dans les pas de Bob Dylan 3 : Minneapolis, itinéraire d’un surdoué

Les quinze mois passés à Minneapolis vont permettre à Dylan (nom qu’il avait choisi en hommage au poète gallois Dylan Thomas) de s’imprégner de la culture folk et protestataire incarnée par Woody Guthrie dont il découvre à l’époque En Route pour la Gloire, son autobiographie (adaptée au cinéma en 1976 par Hal Ashby avec David Carradine dans le rôle principal) et qui aura une énorme influence sur son œuvre à venir.

Bob Dylan s’inscrivit à l’University of Minnesota sur son campus de Minneapolis sur la rive gauche (est) du Mississippi de l’automne 1959 à l’automne 1960. La rumeur dit qu’il ne fréquenta que très peu voire pas du tout les cours. En revanche, il commença vite à se faire un nom sur la scène folk du quartier de Dinkytown, en lisière nord de l’université. On a trouvé cocasse que l’U of M ou simplement The U, comme l’appelle les locaux, propose désormais dans ses programmes de cours une "Bob Dylan class"… ! Nous avons bien aimé explorer ce quartier resté assez bohême avec ses petites boutiques vintage, ses librairies d’occasion (où l’on trouve aussi des vinyls comme à The Book House, 1316 4th St. SE), ses restaurants sans chichis et ses tatoueurs à deux balles sans oublier le campus à l’architecture variée…

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La plupart des sites se trouvent à proximité de 4th Street, traversant le cœur de Dinkytown, la rue même qui aurait inspiré Positively 4th Street, single publié en 1965 entre les deux albums Highway 61 Revisited et Blonde On Blonde. Mais cela pourrait être aussi la rue de Greenwich Village, le foyer des "folkeux" new yorkais où Dylan vécut par la suite. Toujours est-il que le 22 juillet 2015, le conseil municipal de l’agglomération, histoire de mettre tout le monde d’accord, renomma une rue proche du CHS Field, le stade flambant neuf où se produit l’équipe de base-ball des Saints, Positively 4th Street d’après la chanson.

Une fois inscrit à l’U of M, il habita un court moment la résidence de la fraternité Sigma Alpha (15 University Av. SE.), occupée aujourd’hui celle de l’Alpha Chi Omega. Bob Dylan s’installa plus tard chez Bonnie Beecher. Plutôt que Echo Helstrom qu’il avait connu à Hibbing, elle pourrait être la vraie Girl from the North Country qu’il interprète en duo avec Johnny Cash dans Nashville Skyline sorti en 1969. Son ami Tony "Little Sun" Glover va lui enregistrer chez elle 26 chansons dont Ramblin' Round de Woody Guthrie qui seront regroupés plus tard sous le nom de Minnesota Hotel Tape ou Songs for Bonnie que tout amateur des innombrables bootlegs de Dylan se doit d’avoir dans sa discothèque. Le nom de l’album honore sa petite amie de l’époque (qui fera carrière comme actrice notamment dans Star Trek !) toujours prête à héberger chez elle un musicien fauché de passage en pratiquant le coach surfing bien avant que cela ne devienne tendance… Bob s’y arrêtait régulièrement en allant visiter sa famille à Hibbing.

All Along the Watchtower
All Along the Watchtower

Le 24 janvier 1961, Bob Dylan débarque à Manhattan, sa légende est en marche. À l’instigation  de son frère, David Zimmerman, Dylan revint en 1974 à Minneapolis pour enregistrer la fin de Blood on The Tracks, son quinzième album, commencé à New York, qui marquait son retour chez Columbia. Chez Podium, il se fit prêter une Martin OO vintage et des musiciens locaux lui donnèrent un coup de main comme le batteur Bill Berg qu’il avait connu enfant à Hibbing, le bassiste Billy Peterson (il fit partie du Steve Miller Band et joua avec BB King ou Les Paul) ou Peter Ostroushko, un habitué de l’émission Prairie Home Companion qui joua avec Emmylou Harris, Willie Nelson ou Greg Brown.

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Hommage marquant de la ville à l'artiste, Le Dylan Mural est une fresque gigantesque achevée à l’automne 2015 au coin de 5th Street et  Hennepin Avenue South en plein centre ville. L’équipe réunie autour de l’artiste brésilien Eduardo Kobra a réalisé sur une hauteur de cinq étages un portrait kaléidoscopique de Dylan assez hypnotique. Intitulé The Times They Are A-Changin", l’ensemble est constitué de trois photos géantes qui se fondent dans des motifs géométriques multicolores montrant le songwriter à trois époques de sa vie : tout jeune, à la maturité puis saisi dans la période actuelle coiffé de son stetson blanc fétiche. Plusieurs autres fresques dans le même esprit sont éparpillées à Dinkytown et dans le quartier adjacent de Marcy-Holmes. On reconnaît notamment sur l’un d’entre eux Jim Morrison, le chanteur des Doors, une autre icône des sixties.

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Visiter Minneapolis sur les traces de Bob

  • À proximité de l’emblématique Varsity Theater, c’est au dessus du Gray’s Drugstore, aujourd’hui le Loring Pasta Bar (327 14th Av. SE.) que Dylan habita un temps une chambre donnant sur la cour au premier étage pour $30 par mois. Le premier étage a aujourd’hui disparu pour donner de la hauteur sous plafond au restaurant actuel. Il venait jouer régulièrement au O’Clock Scholar, au coin de 5th St SE. et de 14th Ave. SE, attirant les amateurs de folk music. Il faut avoir un peu d’imagination car l’endroit est devenu hélas magasin de vidéo doublé d’un parking…
  • Prospect Park est un quartier où subsistent plusieurs demeures anciennes, dominé par Tower Hill Park (55 Malcolm Ave. SE) et son château d’eau de 1906 coiffé d’un chapeau de sorcière dessinée par Frederick William Cappelen, un architecte d’origine norvégienne qui a beaucoup œuvré à Minneapolis. Le parc et sa tour sont classés au National Register of Historic Places. Visible depuis sa chambre à Dinkytown, il aurait inspiré à Bob All Along the Watchtower, sortie en 1967 sur l’album John Wesley Harding et dont la reprise assez fulgurante de Jimi Hendrix allait à son tour influencer Dylan dans sa manière de la chanter. Toute la crème du rock a repris à un moment ou un autre cette chanson, de Springsteen à U2 en passant par Eric Clapton, Bryan Ferry ou Neil Young.
  • Dans la bibliothèque du superbe Minnesota History Center à St Paul (345 W Kellogg Boulevard), on peut écouter (gratuitement) la Minnesota Party Tape. Alors adolescent, Cleve Pettersen qui venait de s’acheter un magnétophone, avait l’habitude de fréquenter les cafés de Dinkytown, demandant aux chanteurs qui s’y produisaient s’ils désiraient être enregistrés. C’est ainsi qu’il se retrouva à l’automne 1960 dans un appartement sur la 15th Ave. S.E. avec Dylan, Bonnie Beecher, Cynthia Fincher, une autre amie joueuse de banjo, et plusieurs autres musiciens", enregistrant douze classiques du répertoire country et folk, chants traditionnels ou écrits par Jimmy Rodgers ou Woody Guthrie. Cette bande est désormais connue sous le nom de Party Tape.
  • L’actuel Hamline University Bookstore (722 N. Snelling Avenue, au coin de Minnehaha Avenue à St. Paul) était autrefois le Purple Onion Pizza Parlor où Dylan venait jouer entre la fin 1959 et le printemps 1960 ainsi qu’au café The Bastille autrefois au coin de Oak Street et Washington Avenue sur le campus de l’université. Toujours à St. Paul, il allait dîner chez sa maman (2088 Bayard Avenue)…
  • L’Orpheum Theatre (910 Hennepin Av. S.) est l’une des grandes salles de spectacle historiques de la ville, inaugurée en 1921, elle fut la propriété de Bob Dylan de 1979 à 1988, année où il le céda à la ville. Il s’y produisit sur scène en 1992 et en 2014.
  • Le Palmer’s Bar (500 Cedar Avenue), en activité depuis 1906, se trouve sur la rive ouest. C’est sans doute l’un des bars les plus atmosphériques des U.S. Dylan venait y pousser la chansonnette et faire le bœuf en compagnie de Koerner, Ray and Glover, le trio de folk-blues local mentionné plus haut.
  • Sound 80, le studio, où fut enregistrée la moitié de l’album commencé à New York avec entre autres, Stephen Stills et Graham Nash, se trouvait 2709 E 25th St., une adresse occupée actuellement par Orfield Labs, un laboratoire scientifique. Ayant vu passer Cat Stevens ou Prince pour ses premières démos, le studio existe toujours mais en plein centre (222 S 9th St.).
  • Dylan chantera au Northrop Auditorium (sur le site de l’U of M) la nuit du 4 novembre 2008 lors de l’élection de Barack Obama s’auto paraphrasant en disant "It looks like things are going to change now" ("On dirait que les choses vont changer maintenant").
  • La Malcolm Willey House (55 Bedford Street) n’a aucun lien avec Dylan, mais cette demeure réalisée par Frank Lloyd Wright en 1934 mérite cependant le détour, malgré son piteux état.
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