… de Prince à Paisley Park

De passage à Minneapolis, j'ai appris que les trois musiciennes de Prince, 3rdeyegirl, répéteraient en public aux studios Paisley Park, l’antre de Prince, l’enfant chéri de la ville, depuis 1986. À l'occasion de ce type d'événement, il arrive que Prince daigne se montrer, de manière totalement impromptue. Le risque est grand mais la tentation est trop forte. Je file à Chanhassen, dans la banlieue de Minneapolis, et me retrouve sous un léger crachin à faire la queue pour espérer entrer dans le saint des saints de l’un des plus grands artistes de notre temps.

Premiers pas dans les studios Paisley Park

Autour de moi, une foule paisible et variée. Un premier type tout en jean et en boucles d’oreille me raconte qu'il a été en classe avec Prince et que c'était alors un garçon très timide. Un autre en blouson de surplus militaire demande si quelqu’un est déjà venu. La grande majorité est constituée de couples entre deux âges qui ont dû grandir avec Prince dans les oreilles.
Paisley Park interdisant les appareils photographiques et autres téléphones portables, personne ne prend de selfie ou ne s’amuse à balancer des tweets. On se préoccupe surtout de savoir si d’autres connaissances sont arrivées plus tôt pour gratter quelques places dans la queue.
Il est 21 heures quand, après avoir attendu à l’extérieur, puis sur le parking (au moins j'aurais vu le parking de Prince !), je peux enfin rejoindre la caisse, m'acquitter d'un droit d'entrée de 50 USD et pénétrer dans les studios Paisley Park. La moto aperçue dans Purple Rain trône dans l'entrée et me procure mes premiers frissons. Je m’empresse d’y poser les mains avant qu’on puisse me l’interdire, ce qui n’arrivera d’ailleurs pas.

De grands panneaux insistent sur l’interdiction de prendre des photos ou d’enregistrer quoi que ce soit mais à part ça, on ne remarque rien de spécial… La salle elle-même a la taille d’une patinoire, elle doit bien contenir 1000 spectateurs tout de même. Conçue à l’origine pour y répéter, on y donne aussi de petits concerts quand on n’y tourne pas des clips publicitaires (il faut bien vivre…)

Le concert de 3rdeyegirl

Vers 22 heures le trio de 3rdeyegirl, le groupe de filles qui accompagne désormais Prince, démarre ce qui ressemble à un petit concert préparant la tournée à venir. Hannah Welton, originaire de Louisville dans le Kentucky, à la batterie et au chant, la danoise Ida Kristine Nielsen, à la basse, et la canadienne Donna Grantis, à la guitare, envoient du lourd avec des morceaux tirés de leur album Plectrumelectrum, enregistré sur place. On sent que le groupe est déjà bien au point pour ce genre de petite salle que l’artiste a annoncé vouloir fréquenter dans les prochains mois.
Après une pause, une jeune chanteuse donne une interprétation assez vibrante de At Last popularisée par Etta James avant d’être reprise par Céline Dion, Beyoncé ou Christine Aguilera, et de devenir la chanson fétiche du couple Obama.

Un Prince en grande forme

Soudain, dans un délire de cris et d’applaudissements, Prince apparaît, sanglé dans une tunique à col Mao doublés d’un gilet, coiffé à la Jimi Hendrix et le sourire aux lèvres. Il attaque d’entrée avec 1999, titre éponyme de l'album sorti en 1982. Le public, connaisseur, connaît les paroles sur le bout des doigts et reprend en chœur "I only want you to have some fun" suivi de "So tonight I'm gonna party like it's nineteen ninety-nine". Les spectateurs sont d’emblée en transe, prêts à entrer de plain-pied dans le monde de cet artiste hors norme.

D’autres musiciens débarquent sur scène. Nous apprenons qu’il s’agit de membres de New Power Generation, l'ancien groupe de Prince dans les années 1990. Pendant quarante minutes, les morceaux défilent, reprises comme morceaux inédits, dans une mise en place impeccable. On reconnaît notamment Chaos & Disorder, Dreamer, Crimson & Clover ou Guitar. Le public en veut toujours plus, Prince semble très à l’aise, son agilité gestuelle collant parfaitement à son jeu de guitare et son jeu de scène.
De grosses volutes de brume descendent des cintres, la lumière devient violette, les premières mesures de Purple Rain éclatent, Prince au micro nous lance : "Minneapolis, c’est ta chanson !" Un grand type dégingandé me beugle aux oreilles l’air incrédule : "Je suis en train d’écouter Prince chanter Purple Rain !" Il a raison le bougre, mais il n’est pas le seul !

Se rendre à Paisley Park
Paisley Park Studios, 7801 Audubon Road, Chanhassen, Minnesota

© photo principale : penner / Licensed under CC BY-SA 3.0 via Commons