Des beatniks aux hippies

À la suite de l’esprit libertaire lancé par la Beat Generation, de nouvelles expériences artistiques stimulées par les drogues, en particulier le LSD, ajoutées à la libération sexuelle, symbolisent de plus en plus une certaine idée du vivre ensemble, en harmonie avec son environnement naturel. Un pan de la jeunesse américaine défend alors les droits des femmes et des Noirs, contre l’ordre établi, le gouvernement, le capitalisme, l’intolérance, le conformisme et la société de consommation qui avaient été le moteur, selon eux, de leurs parents...

Genèse idéologique

Certaines des grandes lignes idéologiques avaient déjà été définies par les expériences de Ken Kesey et de ses Merry Pranksters (« les gais lurons ») en 1964. L’auteur de Vol au dessus d’un Nid de Coucou n’a que 29 ans quand il se lance à travers les USA à bord d’un bus scolaire désaffecté recouvert de graffitis multicolores contenant une impressionnante cargaison de LSD, une drogue découverte quelques années auparavant par la Beat Generation. Cette substance ne sera déclarée illégale qu’en 1966… Avec sa petite bande où l’on compte des membres du futur Grateful Dead, Allen Ginsberg et Neal Cassady qui fait le chauffeur, ils réalisent un incroyable happening transcontinental, un trip à l’acide au sens littéral marquant le début des sixties par cette folle équipée planante racontée par Tom Wolfe dans son The Electric Kool-Aid Acid Test en 1968…

Le groupe des Greatful Dead
Le groupe des Greatful Dead

Les luttes pour les droits civiques des Noirs et la Guerre du Vietnam (en juin 1967, le boxeur Mohamed Ali est condamné à 5 ans de prison pour avoir refusé de partir combattre au Vietnam, il sera déchu de tous ses titres) vont politiser une partie du mouvement en embrasant les universités à travers tout le pays. Le campus de l’Université de Berkeley, juste au nord de San Francisco, devient l’un des bastions de la radicalisation. Le 15 avril 1967, plus de 100 000 personnes défilent de Second et Market steets jusqu’au Kezar Stadium dans le Golden Gate Park dans une marche de protestation contre la Guerre du Vietnam terminée par un discours du vétéran David Duncan. Les protestations se transforment en revendications, on parle même de plus en plus de révolution (cf. John Lennon), les manifestations sont durement réprimées par la police sous les ordres du gouverneur de la Californie, un certain Ronald Reagan…

Summer of love

En janvier 1967, un immense « Be-In » va rassembler 20 à 30 000 personnes dans la queue de poêle du Golden Gate Park. Musique, marijuana, mantras et costumes chamarrés annoncent l’arrivée du "Summer of Love". L’événement va inspirer à James Rado et Gerome Ragni la comédie musicale Hair lancée à New York en octobre et dont Milos Forman fera ultérieurement un film. La chanson Let the Sunshine In fera un autre tube planétaire, n’est-ce pas Julien Clerc... ?! Tout l’été, les paroles de White Rabbit de Jefferson Airplane vont être dans toutes les têtes : "One pill makes you larger and one pill makes you small"… C’est le temps du fameux "sex, drugs, and rock ’n’ roll". Les medias s’emparent du sujet et commencent à lui donner un immense retentissement.

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Le pop art et la musique psychédélique vont exploser, popularisant le mouvement. Grateful Dead, Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger Service, Country Joe and the Fish, Janis Joplin ou The Byrds pour citer les plus connus, suivent le chemin ouvert par Bob Dylan passé à la musique électrique après ses protest-songs inspirés du folk et jettent les bases de ce que l’on va appeler l’acid rock. San Francisco va devenir l’une des places fortes mondiales du rock. En juin de cette même année, les Beatles, toujours à l’avant-garde sortent Sergeant Pepper’s, considéré comme leur chef d’œuvre. On y entend notamment le fameux Lucy in the Sky with Diamonds interprété souvent comme une référence au LSD (LySergic acid Diethylamide). Quelques semaines plus tard, le groupe sort All you need is love, le grand manifeste de l’époque.

 Crépuscule identitaire

Début octobre, si beaucoup sont déjà partis faire la rentrée des facs pour reprendre leurs études, les attardés marquent le coup pour conclure l’événement en beauté en organisant des funérailles symboliques au cours desquelles un cercueil est transbahuté dans la rue. "La Mort du Hippie" voulait signifier que la révolution était en marche et qu’on devait la ramener chez soi sans retour en arrière possible… De nombreux Hippies traversent la Baie pour s’installer à Oakland, partent pour la côte nord de Californie ou s’exilent en Oregon, un lent mouvement entraînant Portland dans la révolution écologiste.

Une série de tristes événements comme la mort prématurée de nombreux artistes (Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison…), le massacre de Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, avec ses amis par une secte sataniste, le tristement  célèbre concert donné par les Rolling Stones à l’Altamont Speedway, la séparation des Beatles (1970), l’émergence des drogues dures et leur cortège de trafics et d’overdoses, l’assassinat de Martin Luther King suivi par celui de Robert Kennedy en 1968, l’enlisement au Vietnam et l’avènement du Black Power vont sonner la fin de la récré. Le Peace & Love va s’effacer pour laisser bientôt la place à la rage du No Future incarné par les Punks ou la fièvre clinquante du samedi soir du Disco… Pourtant, les leçons de cette parenthèse enchantée, qu’elles soient négatives, utopistes, ou positives sont en nous pour toujours.

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