La Route 66 en chanson : Take it Easy à Winslow, Arizona

Perdue dans le Little Painted Desert entre Holbrook et Flagstaff dans l’est de l’Arizona, surtout fréquentée par les routiers et les roadrunners (Bip Bip !), Winslow connut son heure de gloire en 1972 avec un simple couplet "standing on a corner" de la chanson Take It Easy, co-écrite avec Jackson Browne. Elle avait fait la notoriété du groupe Eagles quatre ans avant le planétaire Hotel California.

...Well, I'm a standing on a corner
in Winslow, Arizona
and such a fine sight to see
It's a girl, my Lord, in a flatbed
Ford slowin' down to take a look at me
Come on, baby, don't say maybe
gotta know if your sweet love is
gonna save me...(1)

(1) Traduction libre :
... Eh bien, je me tiens à un coin de rue
À Winslow, Arizona
Soudain une superbe apparition
C’est une fille, mon Dieu, dans un pick-up Ford,
Ralentissant pour me jeter un coup d’œil
Allez chérie, ne dis pas peut-être
Je dois savoir si ton tendre amour
Va pouvoir me sauver...

Aux dires de Frey, cette seconde strophe s’inspire d’une journée passée par Jackson Browne coincé par une panne toute une journée à Winslow en route pour Sedona La 66 vivait alors ses dernières années mais même dès sa fermeture, camionneurs, voyageurs de commerce ou simples touristes continuèrent à faire un détour et quitter l’Interstate 40 pour chercher ce fameux coin de rue devenu mythique grâce à la chanson.

Une chanson statufiée

En 1999, pour illustrer les paroles qui l’avaient rendu célèbre, la cité érigea une statue en bronze au Standin' on the Corner Park, à l’angle de Second Street et Kinsley Avenue. Le sculpteur Roy Adamson a représenté un homme debout en jean et en bottes tenant une guitare à ses pieds. Il se tient près d’un réverbère, avec au dessus de lui, un écusson de la 66 portant l’inscription "Standin' on the corner". Mais ça n’est pas tout. Derrière lui, un incroyable trompe l’œil réalisé par le spécialiste John Pugh, montre une devanture de boutique. Derrière la vitrine un pick-up Ford rouge conduit par une blonde bien sûr. À l’étage, un aigle est perché à la fenêtre de gauche tandis qu’un couple (sans doute l’homme statufié et la conductrice du pickup) se tient enlacé derrière une autre fenêtre à droite. Le tout, dans cet environnement de building en brique des années 1930-1940 procure un effet assez saisissant surtout qu’on y rencontre régulièrement un chanteur (ou plusieurs) grattant la guitare et poussant la chansonnette. Car tout le monde veut voir ce fameux coin de rue.

Comme nous le dit l’un des fans rencontré sur place : “Si vous ne connaissez pas encore la chanson, faites-vous faire un check-up avant pour vérifier l’état de votre coeur, et si vous ne l’aimez pas, je ne suis pas sûr qu’on puisse être ami ”… Les Eagles ont toujours soutenu la ville dans ses efforts de promotion en se servant des fameuses paroles. Reconnaissante, elle organise chaque fin septembre le Standin' on the Corner Festival qui draine habituellement 100 000 personnes... Inutile de dire qu’on a du mal à trouver une chambre pour la nuit !

Au Old Trails Museum, une lettre signée de Don Henley, l’un des leaders du groupe, parvenue avec un chèque de $1 000 dollars pour contribuer au financement de la statue. Dans les boutiques, à côté des habituels souvenirs de la Route 66, on trouve autant de posters, T-shirts, aimants ou mugs à la gloire des Eagles, de la chanson et de ses paroles. Comme nous le dit la petite dame de l’office du tourisme, “Tout le monde connaît la chanson, elle nous a aidé à faire connaître Winslow qui existe à nouveau sur la carte”.

À l’annonce du décès de Glenn Frey, les fans, locaux ou de passage, déposèrent des gerbes de fleurs au pied de la statue ou laissèrent des petits mots dans le parc en l’honneur de l’artiste. En 2016, le festival sera bien sûr dédié à Frey et une plaque devrait être posée près de la statue que tout le monde ici surnomme affectueusement “Easy”.

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© photo principale : Alan Levine © photo de l'article : Steva Alexander