Le San Francisco de Kerouac

Jack Kerouac Alley

Anciennement Adler Alley ou Adler Place, c’est une petite ruelle piétonne de Chinatown reliant Grant et Columbus Avenues. C’est Lawrence Ferlinghetti qui présenta l’idée de transformer ce passage au San Francisco Board of Supervisors en 1988. Après repavage, installation de réverbères à l’ancienne et interdiction aux voitures, l’allée fut rouverte en 2007. On peut y lire des citations de John Steinbeck, Kerouac mais aussi de Confucius ou Li Po, et y voir aussi des fresques dédiées à Emiliano Zapata et aux séparatistes du Chiapas ou des slogans anticapitalistes.

J Kerouac Alley vhines200 FL

Le Café Vesuvio

À quelques pas de là, au 255 Columbus Avenue, ce café historique, ouvert en 1948, était fréquenté par les figures de la Beat Generation ainsi que Dylan Thomas et un peu plus tard Bob Dylan. Joueurs d’échecs cohabitent toujours avec les buveurs habitués ou les touristes amateurs de littérature comme nous qui dégustons une bière locale perchés sur la mezzanine. Nous ne pouvons nous empêcher de penser à ce jour du 17 octobre 1955, quand Neal Cassady, qui inspira à Kerouac son Dean Moriarty de Sur la Route, s’arrêta ici tout comme nous, avant d’aller à la fameuse lecture. Quant à Kerouac, il s’y imbiba consciencieusement une nuit de 1960, en route pour un rendez-vous à Big Sur avec Henry Miller, un autre anticonformiste auréolé de scandale. La légende dit que Jack téléphonait toutes les heures à l’auteur de Tropique du Cancer pour lui dire qu’il allait être un peu en retard, tant et si bien que le rendez-vous n’eut jamais lieu…

Vesuvio Cafe Loco Steve FL

29 Russell Street

Kerouac n’habita jamais très longtemps ni de manière régulière à San Francisco. En 1952, il logea à l’étage de cette petite bicoque du quartier de Russian Hill, l’une des sept collines originelles de la ville à l’ouest de North Beach. Hébergé chez Neal et Carolyn Cassady, le temps d’un ménage à trois qui n’altéra pas leur amitié, il y acheva ( ?) Visions de Cody, encore un roman fleuve autant qu’expérimental, une écriture automatique entre Proust et les Surréalistes mêlant conversation, rêves et visions, avec parfois des phrases longues d’une pleine page. Publié en version intégrale en 1972 seulement, très complémentaire de Sur la Route, c’est peut-être l’œuvre la plus "beat" de son auteur, dans laquelle Cody Pomeray n’est autre que le désormais mythique Neal Cassady. Le secteur est également une source d’inspiration et le décor des Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin qui marqua toute une génération.

Gary STevens FL

1201 Greenwich Street

Un soir Kerouac marcha jusqu’au sommet de Russian Hill et tomba par hasard sur le tournage d’un film noir, Le Masque arraché, dans lequel jouait Joan Crawford, encore à l’époque l’une des actrices les plus en vue de Hollywood. L’anecdote lui servira Visions de Cody cité précédemment. Tout proche des célèbres virages de Lombard Street, c’est un joli petit immeuble de 12 étages de 1923. Avec ses escaliers de secours zébrant sa façade, il est assez évocateur des films noirs tournés en grand nombre à San Francisco, inspirés notamment des romans de Dashiel Hammet.

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© Photo principale : Dominic Simpson / Flickr ; © Photos de l'article : n°2 Vhines200 / Flickr, n°3  Loco Steve / Flickr, n°4 Gary STevens / Fickr, n°5 capture d'écran du film Le Masque arraché de David Miller