Le Wynwood Art District à scooter

Miami ! La ville, longtemps engluée dans des stéréotypes hérités de décennies de tradition balnéaire et de séries télé bling-bling, est devenue le refuge des happy few, des amateurs de boutiques de luxe et autres faiseurs de tendances aux styles parfois très clinquants ou frimeurs. Miami est aussi l’une des capitales de l’art contemporain avec ses dizaines de musées, vernissages et expos internationales. Il n’en fallait pas plus pour nous convaincre de passer quelques heures là-bas.

À Miami, en Vespa on dépasse les autos

C’est loin de la mode des paillettes de cette Riviera à l’américaine, que l’on est allé explorer le Wynwood Art District, présenté comme le creuset de la création artistique d’aujourd’hui et de demain. Mais, Miami oblige, nous avons opté pour un tour assez unique, en enfourchant un scooter. Les mauvaises langues penseront que c’était pour assouvir un vieux fantasme de Vacances romaines à l’américaine, mais en fait c’est avant tout pour des raisons pratiques.

Logé à Miami Beach, nous n’avions pas envie de louer de voiture. De plus, la présence d’un guide aimant sa ville et connaissant parfaitement le terrain nous permettait de ne pas passer à côté des adresses du moment tout en évitant de nous perdre. Cerise sur le gâteau, nous avons profité de la climatisation naturelle de la Vespa.

Pour ceux qui ont la fibre écolo, on signale que la petite compagnie organisatrice de ces balades, a prévu de compenser notre empreinte carbone en faisant des dons à la Miami Surfrider Foundation. Pour louer ces petites et toniques 49cc, un permis normal suffit. Le plus important, c’est de prévoir l’écran total et les lunettes de soleil, obligatoires avec la réverbération. Le casque en revanche est en option, mais le style de conduite local, nous pousse à écrire qu'il vaut mieux ne pas s'en passer.

L'une des œuvres des Wynwood Walls

Ce quartier de Midtown Miami, juste au nord de Downtown, est encadré par la I-195 au nord, la I-95 à l’ouest, la North 20th Street au sud et North Miami Avenue à l’est. Avec ses quelque vingt blocs du nord au sud, on ne vas pas regretter notre engin qui nous rend hyper mobile. Ancien secteur d’entrepôts, d’ateliers, d’usines et bâtiments divers à l’abandon, longtemps mal famé, le quartier est devenu en une petite dizaine d’années, l’endroit à la mode, relooké et revivifié par l’arrivée des artistes et la présence des galeristes.

Grâce à la puissance visionnaire du promoteur Tony Goldman, les vieilles friches industrielles sont devenues des centres artistiques, des galeries, des salles de spectacles, des cafés, des cinémas, etc. On sillonne les rues, dont les murs retapés sont recouverts de magnifiques grafs, tags et fresques murales éclatant de couleurs et de vitalité. Ce sont les Wynwood Walls, qui ont fait la réputation du quartier, champ unique d’expression et d’expérimentation d’artistes venus de tous les horizons : Amérique latine, Japon, Chine, Israël, France… Parmi eux, citons Kenny Scharf, Shepard Fairey, Nunca, ou encore The Date Farmers.

La Rubell Family Collection
La Rubell Family Collection

Derrière ces murs, on trouve plus de 70 galeries et 5 musées, ainsi qu'une douzaine de studios d’artistes et des collections d’art qui profitent de ces vastes espaces aux impressionnantes hauteurs sous plafond. Pas moins de 5 foires ou salons d’art dont la fameuse Art Basel arrivée en Floride en 2002, rythment le calendrier. Il y a donc du monde en permanence. Mais pas autant que chaque deuxième samedi du mois, jour du Second Saturday Art Walk in the District. Officiellement de 18h à 22h, mais parfois jouant les prolongations jusqu’au petit matin, on assiste à un genre de happening arty à ciel ouvert, tout le monde ouvrant ses portes en grand, la musique et l’art occupant la rue. Selon les activités ou expositions en cours, on pourra s’attarder à la Margulies Contemporary Art Collection at the Warehouse, la Rubell Family Collection (RFC) ou World Class Boxing (WCB), espace exposant les collections de Debra & Dennis Scholl.

Ne partez pas sans biscuits !

Le Bakehouse Arts Complex
Le Bakehouse Arts Complex

La Bakehouse, une ancienne usine de biscuits, est aujourd’hui un centre artistique qui accueille des dizaines de designers, peintres, sculpteurs, photographes ou vidéastes qui y louent un atelier pour travailler. C’est une occasion unique de pouvoir leur rendre visite, contempler leurs œuvres et, pourquoi pas, les acquérir. Bon, parfois, c’est très pointu et/ou très provocateur. Par exemple des puces électroniques insérées dans le tableau ouvrent sur d’autres œuvres si l’on a un téléphone permettant de les lire, une œuvre-gigogne en quelque sorte.

L’un des aspects très sympas de la balade est qu’on a l’impression que rien n’est figé, que l’art est autant en devenir que le quartier, que l’on soit chez des plasticiens émergents ou des artistes adossés à leur origine culturelle. L’ambiance avant-gardiste ou multi-ethnique assez décoiffante est contrebalancée par les petits cafés très rafraîchissants.

Miami Design District

Juste au nord, nous avons jeté un coup d’œil au Miami Design District. Avec ses 130 galeries d’art, des showrooms immaculés, des boutiques d’antiquités aux prix exorbitants, des bars et des restaurants very chics, il a l’air d’un vrai quartier à vivre, mais en toute urbanité luxueuse : des rangées d’escarpins siglés Louboutin ou Marni cohabitent avec des frigos vintage. À l’instar de son voisin, il propose aussi tous les deuxièmes samedis du mois, une nuit Art & Design pour jouer les prolongations de 19h à 22h. Mais on a trouvé que l’ambiance n’avait rien à voir, sans doute l’omniprésence des grandes griffes de luxe internationales…

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