Sur la route 66

Sur près de 4 000 kilomètres, la route 66 offre un long et magistral travelling à travers huit états : Illinois, Missouri, Kansas, Oklahoma, Texas, Nouveau-Mexique, Arizona, Californie. De l’Amérique industrieuse des Grands Lacs et du Mississippi, en passant par les Grandes Plaines arides de la Conquête de l’Ouest et les hauts plateaux du sud-ouest, elle rejoint le désert de Mojave et les rouleaux du Pacifique.

C’est aussi un voyage hors du temps dans une Amérique profonde, et l'illustration d’une Amérique idéale, rêvée aussi bien par Kerouac et Steinbeck, que par Nat King Cole et  le grand Eddy Mitchell.

Grandeur et décadence de la route 66


À l'origine, simple chemin indien puis piste de pionniers et desserte des multiples chantiers de chemin de fer, la première route transcontinentale du pays, fut réalisée en mettant bout à bout divers fragments épars, et intégralement macadamisée en 1937.

Des années 20 aux années 70, la route 66 a connu plusieurs générations de voyageurs : Okies de l’entre-deux-guerres fuyant les dust bowls du Midwest – poignante migration si bien racontée dans Les Raisins de la Colère – ; beatnicks de la génération Kerouac ; premiers vacanciers des années 50 ; hippies des années 60 qui n’étaient pas (encore) partis à Katmandou…

Le succès de la route fut tel que la Phillips Petroleum Company utilisa son numéro pour baptiser son essence à 66 degrés d’octane et mieux la vendre ! Elle lança des panneaux publicitaires, aujourd'hui devenus cultes, qui jouaient sur l’homonymie pour en faire la promo.

Son déclassement en 1977 au profit des Interstates entraîna sa décadence et la décrépitude de nombreuses localités qui n’étaient plus dignes de s'y arrêter. C'est ce qui arriva à la Nationale 7, toutes proportions gardées. Aujourd’hui, ne subsistent que quelques sections émiettées au fil du parcours, enfouies dans les mauvaises herbes, et difficiles à dénicher.

Atmosphère, atmosphère…

La route 66, une évocation nostalgique de l'Amérique des motels
La route 66, une évocation nostalgique de l'Amérique des motels

La route 66 est d’abord un état d’esprit, une recherche du temps perdu, une évocation pittoresque et nostalgique du passé et de ses coutumes, une affirmation et une quête improbable des valeurs américaines traditionnelles incarnées par des souvenirs touchants, des héros historiques ou fictifs, célèbres ou inconnus.

On y rencontre souvent des personnages hauts en couleur, ravis de pouvoir partager leur passion avec vous, que ce soit l’histoire d’un vieux motel hanté ou les vertus ronflantes d’un V8 289ci de 225 chevaux équipant une Ford Mustang GT.

Grâce à son récent revival touristique, elle reste l'un des symboles de l'americana, un terme générique intraduisible qui désigne tout ce qui fait le sel unique de l’Amérique. Au fil du bitume, on découvre une Amérique disparue, fantasmée, illustration d’un certain rêve fait de rock’n’roll et de belles bagnoles. De quoi se faire son cinéma permanent en plein air, balançant entre western moderne, polar et soap un rien sucré des premières séries télé. De quoi combler tous ceux qui sont prêts à s’émouvoir devant une station-service abandonnée, prendre un café dans un rutilant diner, défaillir devant un vieux cinoche déglingué, errer dans un hameau-fantôme ou une casse de voitures rouillées, se pâmer devant un Wurlitzer scintillant en écoutant la voix d’Elvis…

Et puis, keep on running : il faudra bien reprendre la route, car finalement, être sur la route compte bien autant, sinon plus, que l’étape suivante pour réaliser son propre "road movie"…

La route 66 en pratique

Enseigne d'un café de l'Arizona jalonnant la route 66
Enseigne d'un café de l'Arizona jalonnant la route 66

Avant d'emprunter la route 66, pensez à demander votre autorisation ESTA et de vérifier sa durée de validité

Attention, la Route est en perpétuelle évolution et subit encore aujourd’hui bien des avanies malgré la vigilance, la passion et l’enthousiasme des mouvements associatifs œuvrant pour sa sauvegarde.

Quand ?

Si vous voulez suivre la route dans son intégralité, l’idéal est de disposer d’un minimum de trois à quatre semaines... Mais on peut très bien en saisir l’âme en se concentrant sur une section, sur un, deux ou trois états, en jouant avec les diverses portes d’entrée et de sortie aériennes parmi les mieux desservies : Chicago, Saint-Louis, Tulsa, Oklahoma City, Albuquerque, Los Angeles. On peut aussi se servir de Kansas City, Las Vegas, Phoenix qui sont proches du tracé de la 66 originelle.

Comment ?

Pour réaliser son propre Easy Rider voire son Équipée Sauvage, on peut se laisser tenter par le parcours en moto, la Harley-Davidson amenant son propre cortège de mythes. On vous conseillera de partir avec des amis non-motards qui pourront suivre en voiture ou en van pour transporter bagages et ravitaillement… Que ce soit en moto ou en voiture, vous n’éviterez pas les frais d’abandon liés à l’utilisation du véhicule en aller simple.

Côté hébergement, il existe une quantité importante d’hôtels tout au long de la Route. Le choix est plus vaste dans les grandes villes, cela va de soi. De nombreux hébergements "d’époque" ont subsisté, mais ils ne sont pas toujours bon marché et sont souvent réservés à l’avance par les prévoyants qui veulent rembobiner le film jusque dans leurs draps.

La route état par état

Un diner d'Albuquerque au Nouveau-Mexique, le long de la route 66
Un diner d'Albuquerque au Nouveau-Mexique, le long de la route 66

Illinois : Chicago forme avec Springfield et Saint-Louis un triptyque passionnant dont l’intérêt (architectural, culturel, historique etc.) va bien au-delà de l’environnement de la 66.

Missouri et Kansas, ce dernier à peine écorné par la Route 66, sont faciles à combiner grâce à leur bonne desserte aérienne avec Saint-Louis et Kansas City (qui ne se trouve pas sur la 66).

Oklahoma : c'est l’état le plus profondément marqué par la 66, là-bas que l’on retrouve l’atmosphère la plus authentique. Ici, pas de doute, on est au cœur de l’Amérique. Malgré deux grandes villes, Tulsa et Oklahoma City, on est au beau milieu du "grand désert américain", ancien no man’s land réservé aux Indiens, qui y sont toujours très nombreux, et aux hors-la-loi (qui le sont un peu moins…).

Cadillac Range est situé à Amarillo dans le Texas.
Cadillac Range est situé à Amarillo dans le Texas.

Texas : l’isolement est à son comble dans les llanos estacados de la panhandle (le "manche de la poêle", cette partie du Texas figurant le manche de la casserole formé par le reste) du Texas où l'on peut admirer le Cadillac Ranch, près d’Amarillo. À proximité, le rougeoyant Palo Duro Canyon fut le dernier bastion des Comanches.

Nouveau Mexique : il est ponctué de nombreux "chefs d’œuvre" de la 66. Ce sera l’occasion de multiples incursions dans les territoires indiens, des Apaches aux Zunis en passant par les Pueblos et les Navajos.

Arizona : on y trouve le plus long segment authentique subsistant de la Route. Frôlant le Grand Canyon, traversant des réserves indiennes, il cumule les attraits de la Route et ceux du désert jusqu’à la ville semi-fantôme d’Oatman.

Californie : l'état est très riche en souvenirs de la 66. On s’y amusera à rechercher le "Bagdad Café" en faisant la course avec les convois de l’Union Pacific avant de rejoindre les patelins des montagnes et l’agglomération de Los Angeles.

Ma playlist route 66

 

(Get Your Kicks On) Route 66 par Nat King Cole
Route 66 par Chuck Berry
Route 66 par The Rolling Stones
Sur la route 66 par Eddy Mitchell

© photo principale : fotolia/Charles Jacques © autres photos : fotolia/Andrew Bayda ; fotolia/RIRF Stock ; hemis.fr / Christian Heeb ; Camille-Rochard