Tucumcari, une ville pas tout à fait fantôme

La route plantée de panneaux publicitaires lumineux et d’enseignes de néon clignotant offre une perspective aux impressions d’infini face au disque orangé du soleil couchant. L’arrivée à Tucumcari, la nuit tombée, dégage une certaine aura. Mais bien sûr, rien à voir avec Las Vegas, en tout cas celle du Nevada !

Au pied d’une butte massive qui servait autrefois de point d’observation aux Comanches qui hantaient la région, Tucumcari est née grâce à l’arrivée du Chicago, Rock Island & Union Pacific Railroad en 1902. C’était à l’époque un fragile village de tentes pour les cheminots construisant la voie. À l’époque son nom était Six Shooter, ni plus ni moins aussi que l’un des multiples surnoms du fameux revolver Colt à six coups. Cela donne une idée de l’ambiance locale... Ça n’est qu’en 1908 qu’on lui donna son nom indien, celui de la montagne tabulaire en arrière-plan, qui parait-il signifie « embuscade »…

La silhouette linéaire de la montagne tabulaire de Tuculcari
La silhouette linéaire de la montagne tabulaire de Tuculcari

Après la seconde Guerre Mondiale, elle devint le dortoir des voyageurs de la route 66, en plein milieu du Nouveau Mexique. Une litanie de motels est alors semée sur les cinq miles du Tucumcari Boulevard et leur publicité commençait des miles à l’avance, annonçant simplement "Tucumcari Tonight". Une étape bien représentative des jours heureux où la Route 66 était la route américaine par excellence. Subsistent de cette époque, quelques motels, restaurants et stations services pur jus aux magnifiques enseignes comme Del’s Restaurant ou le Big Dipper, un diner à l’ancienne et à l’ambiance bon enfant. En tout cas, pas la peine de chercher plus loin les sources d’inspiration des dessinateurs de "Cars", l’un des meilleurs dessins animés récents. Ne vous étonnez pas de voir quelques bâtiments abandonnés, voire dans un état avancé de décrépitude. Dans l’ouest, chaque localité est toujours une ville fantôme potentielle, c’est aussi ce qui fait leur charme.

Le design 60-70's est devenu icônique
Le design 50's est devenu icônique

Les fresques sont sans doute l’une des grandes curiosités de ce petit patelin perdu dans le désert. Sur les murs des commerces, les maisons, les poteaux, il y en a partout ! La ville est littéralement semée de fresques, à la taille parfois assez impressionnante. Il y en a sans doute une centaine dont une petite trentaine réalisée par Doug et Sharon Quarles. Beaucoup se trouvent sur la Main Street traversant le centre, ailleurs Tucumcari Boulevard, ainsi que sur la section nord de First Street, près du bureau de poste ou autour des motels. Elles peuvent être très faciles à voir ou cachées dans des rues latérales ou au fond d’un parking. On en trouve même une à l’intérieur du tribunal, intitulée "Moi, Francisco Vasquez de Coronado, J’ai passé par ce chemin et laissé ma marque". Il est vrai qu’en bon conquistador qu’il était, Coronado était passé dans la région à la recherche de l’or des mythiques sept cités de Cibola.
Les fresques sont tantôt réalistes, naïves ou ésotériques. On trouve des trompes l’œil particulièrement réussis. Toutes racontent, chacune à leur manière, l’histoire locale. Si la route 66 est omniprésente, la thématique western est l’autre source principale d’inspiration. The Dodge and Cowboy Mural, à l’angle de Main et Adam Streets, affiche un panonceau de la Route 66, un cavalier, et une femme lui tournant le dos lui préférant sans doute la voiture profilée garée près d’elle, la Dodge du titre sans doute… Même cocktail avec le Legendary Road Mural.

La fresque hommage à l'esprit 66
La fresque hommage à l'esprit 66

Que voir en ville

Mesalands Community College Dinosaur Museum (222 East Laughlin Street)
Comme son nom le laisse supposer, il abrite une belle collection de fossiles, de minéraux et de répliques de squelettes de dinosaures en bronze, le dinosaure ayant partout la cote dans les états de l’ouest américain. Ce fut le premier musée au monde à exposer le torvosaurus, un carnivore de dix mètres de long, apparenté au tyrannosaure et en tout cas à l’air aussi féroce...

Tucumcari Historical Museum (416 South Adams Street)
Il retrace l’histoire du patelin et s’est installé dans une ancienne école de 1903. Un joli bric-à-brac digne d’un vieux grenier. Parmi des milliers d’objets, se distinguent, au milieu des habituelles panoplies de cow-boys et d’indiens, une belle collection de fils de fer barbelé dont la variété laisse rêveur, des batteries de cuisine de l’époque pionnière ainsi qu’une exposition spéciale insistant sur l’héritage de la 66 avec un rutilant camion de pompiers Chevrolet de 1926.

Mais aussi :
Le Tucumcari Depot & Railroad Museum (103 West Railroad Avenue) qui occupe la vieille gare construite dans le style mission.
L’Odeon Theatre (123 South 2nd Street), toujours en activité avec ses lignes art déco qui rappellent les constructions indiennes en terrasse de la région.

Dans les parages

En plein été, le désert donne toujours envie d’un peu de fraîcheur. Juste à l’entrée est du bourg, le Tucumcari State Wildlife Area bordé par le Tucumcari Lake donne l’occasion de s’ébattre sur l’eau tout en observant les nombreux volatiles de passage, canards, oies, aigles, colombes, cailles ou faisants.
Nous avons préféré aller piquer une tête dans des eaux plus éloignées : si Ute Lake se trouve environ 20 miles à l’est de la ville, Conchas Lake, situé lui au nord, nous était plus accessible. Ils sont formés tous deux par des barrages sur la Canadian River, leurs rives sont aménagées par deux State Parks où l’on pique-nique tout en batifolant dans, sur et sous l’eau…
Les vrais amateurs de contes et légendes western pousseront jusqu’à Fort Sumner. C’est ici que se trouve la tombe de Billy The Kid, loin de tout, près de 60 miles au sud.

Agenda

En septembre, le Nara Visa Cowboy Gathering est l’événement le plus couleur locale avec ses lectures de poésie cow-boy, ses chansons western et son concours de craché de chewing gum.

© photo principale : Tony Hisgett © photos article de haut en bas : n° 2 Domaine Public, 3 Ross Griff, 4 Tony Hisgett