Woody Allen refait le match East Coast vs. West Coast

Il n’y a pas que dans le gangsta rap que les deux côtes américaines s’affrontent, au cinéma aussi. Il faut dire que presque tout les oppose que ce soit dans leurs mentalités réelles ou dans le lot de clichés qu’elles diffusent. Comme deux capitales ennemies, New York et son Manhattan intello, Los Angeles et son Hollywood clinquant, sont souvent concurrentes et opposées.

Woody Allen d’Est en Ouest

Woody Allen est bien sûr une icône new-yorkaise et son cinéma a inlassablement et exclusivement rendu hommage à la Grosse Pomme pendant près de 3 décennies. Depuis les années 2000, le cinéaste est devenu euro-enthusiastic, avec une tournée sur le vieux continent : Angleterre (Match-Point, Scoop…), France (Midnight in Paris, Magic in the Moonlight), Espagne (Vicky Cristina Barcelona), Italie (To Rome with Love). Cette ouverture à l’interculturalité le conduit à se rendre sur un territoire encore plus exotique pour lui : la côte Ouest américaine. Woody Allen à Hollywood ? C’est aussi incongru que Lénine à la Maison Blanche : Shocking ! Deux modes de pensées, deux façons de faire du cinéma radicalement opposées.

Cette aversion mutuelle, il la transposait déjà avec humour dans Hollywood Endings, où la coexistence intellectuelle des deux rives semblait impossible. Téméraire, il renouvelle l’exercice avec le non moins excellent Blue Jasmine. Dans ce dernier, il transpose sur deux sœurs toute l’opposition culturelle entre les deux pôles états-uniens. Avec Café Society, Woody Allen remet le couvert en basant son intrigue dans les années 30-40, à la fois époque de l’âge d’or hollywoodien mais aussi du jazz triomphant new yorkais.

Deux villes, deux façons de filmer

Los Angeles est filmée dans des teints chauds qui dépeignent un été sans fin. Les tenues sont légères, évasées : shorts, vestes et pantalons XXL battant au vent. L’atmosphère : insouciante et légère. On parle ragot et on tient des conversations superficielles. On badine avec l’amour. On se déplace en voiture, décapotables de surcroît, et la ville ne semble habitée que par ses véhicules. Les personnes sont absentes de l’espace public, toutes recluses dans les garden parties et les soirées mondaines.

New York est filmée avec des gammes plus froides : teintes bleues et vertes, les contrastes sont plus marqués pour souligner qu’ici les saisons alternent. On s’habille cintré et classieux. L’atmosphère est plus cynique : on parle business quitte à dériver du côté obscur du banditisme. On se marie, on fonde une famille et, Woody Allen oblige, on retrouve la quintessence de la cellule familiale juive : aussi drôle que dépressive. On se déplace à pied, les rues grondent de monde, on passe son temps dans les parcs.

Marylin d'Ouest en Est

Dans le monde du cinéma, Woody Allen n’est pas le premier à marquer ce clivage. En sens inverse, Marylin Monroe a, elle aussi, fait cette migration, mais tout les oppose. Marylin voulait quitter les rôles de bimbos légères hollywoodiennes pour se faire une crédibilité artistique et culturelle à New York, avec Arthur Miller au bras et sous l'égide de l’Actor Studio de Lee Strasberg. Woody Allen essaie lui de s’arracher l’étiquette de l’intellectualisme new-yorkais pour trouver une popularité plus légère en tentant de se conformer aux codes hollywoodiens. Dans un cas, comme dans l’autre : chasser le naturel, il revient au galop !

Marilyn et Monroe et son new-yorkais de mari Arthur Miller
Et vous ? Vous êtes plutôt New York ou Los Angeles ?

© Photo principale : RFI, photos de l'article n°2 Adam-Bielawski, n°3 Public Domain